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Résumé Le Provencal

du 19 mai 1969

 

26 ANS APRES...

LA SEPTIEME COUPE

 

 

JOSEPH a mis les GIRONDINS k.o.

dans les dix dernières minutes

PARIS - Les Girondins de Bordeaux ont encore échoué ! C'est au capitaine de l'Olympique de Marseille, Jean Djorkaeff, ému, mais radieux, que M. Alain Poher, président de la République par intérim, a remis la Coupe de France hier après-midi au stade de Colombes, vers 16 h 40. Lorsque Jean Djorkaeff se retourna pour présenter le précieux trophée, il vit un spectacle inoubliable, fou, démentiel. Les 20.000 supporters marseillais avaient quitté les tribunes et envahi le terrain ou ils donnaient libre cours à leur immense joie. Il y a vingt six ans qu'ils attendaient cet instant ! Les Bordelais, eux, battus 2 à 0, avaient regagné les vestiaires à l'exception de leur capitaine Guy Calleja qui reçu de M. Alain Poher une quinzaine de breloques, la médaille du vaincu. Comme il y a un an, lorsque Bordeaux s'était incliné devant Saint-Étienne (2-1). C'était la sixième fois que Bordeaux échoue en final. L'Olympique de Marseille, lui remporte sa septième Coupe de France.

Pour la grande fête du football français le soleil n'avait pas voulu être de la partie. Le temps était gris, maussade, il faisait frisquet, oui, un 18 mai. Il eut même de la pluie, aussi que l'avait annoncé la météo. Ce qui nuisit quelque peu au succès de cette finale. 36.000 spectateurs seulement assistaient à cette rencontre au lieu de 50.000 espérés. Mais 36.000, en majeure partie supporters de l'O.M., menèrent grand tapage dans le vieux stade de Colombes.

Ils firent un match crispant, nerveux, qui resta longtemps indécis (Joseph inscrivit les 2 buts victorieux au cours des 8 dernières minutes), mail s'il n'atteignit pas les sommets, il n'en fut pas moins un véritable match de Coupe.

La première offensive fut à porter au crédit de l'Olympique de Marseille. À la 3ème minute, Joseph Bonnel servi je Roger Magnusson. Le Dieu blond de l'O.M. prit André Chorda de vitesse et adressa un centre remarquable mais Montes capta la balle dans les pieds de Joseph...

Pour bien montrer aux Marseillais qu'ils avaient aussi leur mot à dire, les Girondins répliquèrent immédiatement et Escale fut assez heureux pour détourner en corner une balle que Burdino venait de frapper de la tête (4ème minute).

La 52ème finale de la Coupe de France était lancée...

Crispés

Mais, très vite, l'on se rendit compte que les Bordelais ne jouaient pas avec leur facilité habituelle. Ils étaient nerveux, crispés, beaucoup plus que ne l'étaient les Olympiens.

Lorsque Joseph eût raté un but immanquable à la 8ème minute, après une excellente offensive menée par Gueniche et Novi, il y eut quelques mauvais gestes.

André Chorda, dans son désir de neutraliser Magnusson, se laissa aller à quelques irrégularités que M. Machin sanctionna alors que les supporters de l'O.M. hurlaient : "Chorda au poteau".

Puis vint l'accalmie à la fin du premier quart d'heure. La rencontre manqua de chaleur. Il faut dire que dans les tribunes, nombreux étaient ceux qui regrettaient de ne pas s'être chaudement couverts.

L'animation revient à la 24e minute lorsque Chorda, pour deux agressions sur Bonnel et Magnusson, reçu un avertissement mérité.

Jusqu'à la fin de la première mi-temps, l'O.M. domina sensiblement mais sans arriver à prendre la défense bordelaise en défaut. Il faut dire que les Girondins ne commettaient aucune erreur, remarquablement groupés autour de leur capitaine Calleja.

Accrochages

La rencontre repris sous un ciel gris. D'entrée, Bordeaux par son brésilien Ruiter, contraignit Escale à un spectaculaire arrêt, mais les Girondins, visiblement loin de la forme qui leur permit de terrasser Sedan en demi-finale, allait rapidement subir à nouveau l'ascendant des Marseillais.

Les offensives de ces derniers furent nombreuses, mais hélas, il n'y eut guère d'occasions de buts. Il y eut par contre de nombreux incidents, des accrochages assez sévères. Joseph et Péri réglèrent leur querelle à la 65ème minute. Joseph eut le premier avantage, en infligeant un knock-down à l'arrière central bordelais, mais ce dernier remporta le second round quelques secondes plus tard en descendant le Noir avant-centre de l'O.M. pour le compte.

Pour ce combat singulier, Joseph et Péri écopèrent d'un avertissement.

La meilleure occasion pour Bordeaux se présenta à la 60ème minute lorsque, sur contre-attaque, quatre Bordelais déferlèrent sur le but d'Escale, avec pour seul opposant Lopez. Mais ce dernier, miraculeusement, parvient à récupérer le ballon.

Comme Lopez en première mi-temps, Jean Djorkaeff monta souvent pour soutenir son attaque, mais Joseph, Gueniche, Magnusson, ne parvenaient pas à trouver la faille.

Sur un tir de Novi, Montes relâcha le ballon, mais Baudet parvint à dégager in extremis en corner, alors que Joseph se précipitait (66ème minute).

Pour tenter de redonner un peu plus de punch à son attaque, Bakrim, la 66ème minute, sorti Burdino et fit rentrer Couecou. Ce dernier réussit un tir dangereux à la 68ème minute et Marseille maintient sa pression.

Enfin, à la 82ème minute

Le match devint plus heurté et il y eut de nouvelles bagarres d'abord entre Péri et Joseph (79e), puis Calleja et Joseph (80e).

M. Machin eut fort à faire pour calmer les esprits et avait un match plus difficile à diriger que Manchester - Milan A.C., qu'il l'arbitrage jeudi soir à Old Crafford.

L'idée de la prolongation faisait son chemin lorsque, à la 82ème minute, Jacky Novi, face aux buts, tira de toutes ses forces. La balle trouva Joseph sur sa trajectoire. Ce dernier dévia légèrement le ballon qui alla ricocher sous la barre transversale avant de terminer sa course au fond du but girondin. Marseille menait 1 à 0.

Colombes s'enflamma, une trentaine de supporters marseillais se précipitèrent sur le terrain pour étreindre Joseph.

Accablé par ce but, les Bordelais se montrèrent incapables de réagir et, à la 89ème minute, Marseille allait réussir le k.o. parfait.

Joseph Bonnel déboula vers le but de Montes, vit son tir échouer sur le poteau gauche, Joseph qui avait intelligemment suivi récupéra la balle et inscrivit son second but (89e).

Le terrain fut littéralement envahi et il fallut attendre cinq bonnes minutes avant que les milliers de supporters marseillais n'acceptent de quitter le terrain.

Le terrain cerné, le match repris, mais les fans de l'O.M. n'eurent pas à attendre longtemps pour faire le triomphe que mériter les Olympiens pour cette septième victoire en Coupe de France.

Robert BUREAU

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PARIS

investi

PARIS - Fouiller l'âme, observer les gestes, étudier les moeurs de cette foule de Colombes eut pu combler le sociologue le plus curieux.

Une foule aussi enthousiaste, aussi partisane et rare.

Son choix, sa volonté étaient irréversibles. Quelle férocité dans l'appréciation, quelle chaleur dans la passion, qu'elle extravagance temps l'exaltation.

Colombes à la mode marseillaise hier, c'était ensemble Rio et Mexico transposés. Et cela par la volonté de milliers de supporters venus en masse de Provence et plus modestement de Gironde.

Un affrontement entre deux publics du Midi, qu'autant de Parisiens ne purent départager, ni arbitrer.

Déchaînement d'enthousiasme dont la fréquence des bonnes performances de l'équipe bordelaise fait une habitude et que la longue attente d'une finale nationale avec créé pour les Marseillais.

Le choc entre la représentation de deux grandes villes dont les défis depuis si longtemps s'expriment sur tous les terrains de l'activité humaine. En fait, et c'est vrai : la finale idéale.

Lorsqu'on use de cette formule c'est bien parce qu'elle contient précisément tous les éléments qui en font l'attrait. Alors une insondable passion habite ces Grecs et ses Troyens dans cette guerre du football.

Observer cette foule prisonnière dans son vacarme de ses défauts et de ses qualités, c'est à la fois jauger l'extraordinaire popularité du football et en millésimer sa manifestation la plus marquante : la Coupe.

Nous avons pourtant l'habitude des publics qui s'agglutinent sur les gradins des stades. Leurs rumeurs et leurs remous nous laissent souvent de marbre. Cependant pour ce qui est du public français, précisons-le, Colombes a été hier un nouveau palier dans l'escalade de la frénésie et de l'enthousiasme collectif. On a vu fleurir une impressionnante quantité de banderoles, taillées dans des draps de lit, comme il se doit en nombre suffisants pour équiper les dortoirs de tous les collèges de Provence. On a éprouvé toute la gamme, des cris, des hurlements et des pétards autorisés par la loi et Paris, en fin de compte, s'est trouvé tout simplement occupé par ces bataillons de Marseillais, trempés de pluie, mais si gais, si follement gais qu'on en vient à se demander si l'amour qu'ils portent à leur équipe ne franchit pas les limites du raisonnable.

Non, nous n'avons plus rien à envier au stade Azleca au Maracuana ou au San Siro...

Nous sommes en mesure de faire sinon mieux, du moins aussi bien dans l'art difficile de "Explosion populaire". Paris n'a pas été conquis mais investi.

Pour une Coupe de France, il est vrai...

Les naufragés

Si la discipline fait la force principale des armées, elle n'est pas précisément le fait des divisions de supporters. L'aventure commença... par un envahissement du terrain dans les plus pures traditions du stade vélodrome du boulevard Michelet. À la différence que la police parisienne elle, ne tenant tranquille, tout ce Marseille en transit put s'esbaudir, hurler, défier jusqu'à satiété.

Et de pousser la provocation toute amicale jusqu'à exprimer aux Bordelais - et noir sur blanc - "combien serait triste leur retour", "qu'à la rigueur la générosité habituelle des Provençaux, les inviterait à choisir du "Bordeaux" dans les agapes de la soirée". Qu'en tout état de cause, la Coupe ne pouvait prendre un autre itinéraire que celui de la Canebière.

C'est en gros ce que disaient ces banderoles à ces braves Bordelais, qui n'en pouvaient mais, ils étaient deux ou trois mille faisant figure d'enfants abandonnés d'abord et de naufragés ensuite au milieu de cet océan de Marseillais de tous poils, pris soudain de compassion, les deux buts de leur équipe acquis.

Quelques-uns, en fin de match, allèrent jusqu'à les consoler dans la plus pure tradition britannique du fair-play... on serrait des mains par-ci, par-là, mais tout de même, un peu à la manière qu'au sortir d'une église après une cérémonie mortuaire. Voyez le spectacle.

Ils bêchent la terre

Nous avons bien aimé la conclusion de notre ami Maurice Fabreguettes en fin de match. "Magnusson a permis à l'O.M. d'aller en finale, mais ce n'est pas lui qui l'a gagnée..." Voilà qui est très vrai.

Si nous pouvons soupçonner le blond Suédois d'avoir jadis au cours de son existence fréquenté les officines de quelques sorciers du ballon rond, et de nous avoir régalé ensuite de ses secrets, tout au long de la saison, nous pouvons affirmer qu'il ne fut pas, hier, le Dieu qui devait faire pleuvoir à Colombes. Son duel avec Chorda devait être un sommet - Chorda devait tenir immobile comme une banquise l'homme venu du froid - l'Espagnol de Charleval avait juré de ne pas être la victime du dribble diabolique.

Et si quelquefois le "divin Suédois" put passer ce fut sans son éclat habituel. Chorda eut, à son tour, quelques répliques, mais ni l'un, ni l'autre n'atteignirent le niveau ou l'on avait situé leur combat. Si bien que les vedettes de cette finale ont été ceux qui d'ordinaire bêchent la terre dans laquelle le fruit germera. Homérique défense de ceux qui n'encombrent pas les titres de journaux magnifiques audace de ces joueurs que le vedettariat étouffe sans le savoir, ce sont eux les vainqueurs de Colombes et de la finale. Il serait malsain de ne pas l'écrire.

Canebière : sens interdit

Maintenant c'est un autre match qui va commencer : celui du retour. Nous est d'avis qu'une réception à la mesure de leur espérance mijote dans la marmite des supporters marseillais. Il est à supposer qu'à l'heure où nous écrivons ces lignes, il fait encore très claire au-dessus de Colombes - le "menu" est déjà connu.

Il est à supposer également que si vous avez des courses à faire au centre de votre bonne ville, ce soir, vers 18 heures, mieux vaudra les faire à pied. La chaussée sera probablement occupée par ce qui sans voix et sans force, revenus en toute hâte de Paris mais avec une immense joie au coeur, vont vous remettre en mémoire l'aventure olympienne de Colombes.

Car si vous ne le savez pas l'O.M. a gagné hier dans la capitale sa septième Coupe de France.

C'est ça la tradition.

Lucien D'APO

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Le point d'orgue finale de la belle aventure du "onze" marseillais

NOVI A PLACE SON TIR !

PARIS - Pour la première fois, depuis longtemps, le vétéran du football et du journalisme que nous sommes ne sait plus par quel bout commencer son article.

La pelouse de Colombes sur laquelle défilèrent tous les plus grands joueurs de football du monde, depuis les légendaires Uruguayens de 1954, est exclusivement marseillaise.

L'armée des supporters, toutes ses banderoles claquant au vent de la victoire, clame sa joie de mille façons peut-être désordonnées, mais attendrissantes.

La finale de la Coupe de France a toujours voulu être une grande fête populaire. Un jour de liesse, tout autant que le football. Ces dernières années, la télévision tendait à le mettre en conserve. À en faire un produit congelé pour la consommation familiale.

Rendons grâce à ces milliers de personnes venues ici d'avoir su rendre à la finale son caractère traditionnel.

Le sport, dans ses manifestations supérieures, a besoin de chaleur humaine. Le contact direct de la foule, lui est indispensable.

À ce titre, O.M. - Bordeaux aura été une grande finale. La finale du renouveau d'un football qui, en retrouvant son public enthousiaste et bon enfant du dimanche s'est retrouvé lui-même.

La victoire

sans Magnusson

L'O.M. a donc mis un point final - un véritable point d'orgue - à une belle aventure dans le point de départ se situe au mois de novembre dernier.

Une douzaine de joueurs de camarades, livrés à eux-mêmes, s'étaient promis d'aller à Colombes.

N'eussent-ils fait que figurer honorablement en finale, que nous n'aurions pas eu le courage de les critiquer.

Leur victoire nous enchante car elle est, on ne peut plus morale. C'est la victoire de la foi, celle aussi des joueurs parfois qualifiés de petits rôles.

Son prix est d'autant plus grand qu'elle fut arrachée de haute lutte pratiquement sans le concours de Magnusson. Le grand homme de la finale, aujourd'hui à Colombes a été une personne morale : l'équipe.

Les nerfs des joueurs

Nous nous refusons absolument à juger ce combat suivant les habituels critères servant pour les rencontres ordinaires. S'il s'agissait, de relater un match banal de championnat, le tour de la question serait vite fait.

Mais, pour rester objectif, il faut tenir compte de tous les éléments subjectifs ayant donné à cette finale son caractère particulier.

Les 22 joueurs voulaient tellement gagner - une finale est un aboutissement et non le simple numéro d'une série - qu'ils laissèrent trop souvent le ballon conduire le jeu. On y ajoutera trois éléments plus faciles à cerner : un fort vent très variable, la pluie et le maudit état de la pelouse. Cela noté, nous persistons à penser que le côté parfois anarchique de la partie est davantage dû aux nerfs des joueurs qu'aux caprices du ballon.

Le football français se remet d'une maladie grave, ne lui en demandons encore pas trop. Que les 22 finalistes aient été impressionnés par l'ambiance volcanique de Colombes est très excusable.

L'O.M. : un béton

plus souple

Il n'a échappé à personne que les deux équipes jouaient suivant la même tactique : le béton. Mais, dans les meilleurs moments de la partie, il apparut d'évidence que celui de l'O.M. était plus souple et beaucoup plus offensif que celui de Bordeaux. Tandis que Chorda et Papin se contentèrent de suivre pas à pas Magnusson et Gueniche. Djorkaeff et Lopez furent tout autant ailiers qu'arrières.

On n'a pas oublié cette extraordinaire montée de Djorkaeff en seconde mi-temps, quatre adversaires éliminés en une quarantaine de mètres, à l'issue de laquelle le capitaine olympien se trouva en mesure de conclure. À l'opposé le jeu de Bordeaux fut trop d'un seul modèle, sans la moindre variable variation dans l'institution.

En fait, les Girondins nous ont désormais désagréablement surpris par leur manque d'imagination créatrice. La force collective, la méthode, l'engagement, c'est bien, mais ce n'est pas tout. Tant s'en faut.

Le duel Chorda - Magnusson

On croyait que le duel Magnusson - Chorda serait la clé du match. M. Machin ne l'a pas voulu, en semblant ignorer presque systématiquement qu'arrêter un adversaire en le tirant par le maillot est une faute caractérisée en football. Dès le début du match sans méchanceté, mais avec une régularité d'horloge, Chorda multiplia les irrégularités.

Constatant que M. Machin paraissait n'en avait cure, Roger Magnusson s'énerva, parcouru le terrain en long, en large, pour finalement ne réussir que de ou trois exploits techniques, lesquels n'eurent d'ailleurs aucune influence sur le déroulement de la rencontre et son résultat. On peut donc dire en définitif que ce que l'on a appelé le plan Chorda avait réussi. On ne nous empêchera pas de trouver le procédé inélégant et anti-sportif. Papin en ayant usé de même à l'égard de Gueniche, on finira par croire que Girondins ont pris des leçons de défense chez leurs voisins Béglais.

À notre avis, c'est indigne de la grande équipe qu'est tout de même Bordeaux. Quant on est le plus fort, le meilleur en championnat et que l'on compte tant de joueurs de classe dans son équipe ont le prouve balle au pied et non pas en mettant la main sur le maillot.

Le tir décisif de Novi

En envisageait déjà assister à la prolongation, quand se produisit l'événement imprévisible.

Le doigt du destin fut - on excusera la comparaison - le pied de Novi. Nous savons bien que le ballon dans sa trajectoire fut touché par Papin d'abord et Joseph ensuite, rendant impossible la tâche de Montes. Il n'en reste pas moins acquis que l'auteur réel de ce but décisif fut Novi : notre Jacky de Bellegarde.

Ce tir miraculeux récompensa justement un coup d'audace et des mois de travail sur le terrain. Ce n'est pas d'hier que le canonnier Novi essaye de perfectionner son tir. Quelle joie pour lui - et quel plaisir pour nous - que ce tir meurtrier ait été réussi en pleine finale, au moment précis où la partie pouvait basculer d'un côté ou de l'autre.

La fête ne fait

que commencer

Le deuxième très joli but, Bonnel - Joseph, ne fut que la conséquence logique du but de Novi. L'équipe menée à la marque se découvre pour égaliser, s'exposant ainsi à une contre-attaque. C'est bien ce qui se produisit.

Un "classique" en Coupe en somme. Ainsi donc, à quatre ans de distance, l'O.M. venait de battre Bordeaux en Coupe par le même score, 2 à 0, comme à cette, et exactement dans les mêmes conditions.

L'O.M. vient donc de gagner sa septième Coupe, améliorant ainsi son record. Quant à Bordeaux, il a perdu à Colombes sa cinquième finale consécutif. C'est encore un record.

Depuis la libération nous avons vu jouer neuf fois Bordeaux en Coupe... et huit fois les Girondins s'inclinèrent. C'est aussi une sorte de record.

Mais, pour les Marseillais, joueurs, dirigeants et supporters, la fête ne fait que commencer. On en parlera longtemps, du "choc psychologique" de la saison 68-698... et du but de Novi.

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"Nous en avons la chair de poule !"

PARIS - Djorkaeff, l'un des meilleurs hommes de la finale, vient de recevoir le fameux saladier des mains de M. Poher... Les joueurs de l'O.M. qui viennent de subir une double et amicale "agression", regagnent le vestiaire, les uns après les autres. Les premiers arrivés sont Bonnel, Magnusson et Joseph. Leurs visages fatigués ne reflètent pas la joie profonde, intense qu'ils ressentent... Nous nous adressons à Joseph...

- Alors, nous vous l'avions bien dit que vous marqueriez en finale après avoir connu tant de malchance ?

- C'est bien joli, mais je vais être suspendu !

C'est tout ce que l'athlétique "Ze" trouva tout d'abord à nous dire. Puis, sa langue se délia quelque peu...

- Lorsque j'ai vu arriver le balle de Novi, droit sur moi, avec Montes sur la trajectoire, je l'ai déviée d'un petit revers du pied.

Il suffit parfois, comme cela, d'un petit geste pour que le bonheur des uns deviennent le malheur des autres. Et nous nous rappelons des visages tragiques de Girondins, là, à côté.

- o -

Mario Zatelli a le triomphe très digne, très modeste.

- Notre équipe était bien. À part le premier quart d'heure, où elle était crispée, elle a fait l'essentiel du jeu, surtout en seconde mi-temps, et sa victoire est logique. Je vais aller aller consoler sauver nos adversaires bordelais.

On ne peut pas être plus sobre.

- o -

M. Leclerc fait une entrée beaucoup plus brillante :

- Eh bien, nous l'avons, cette Coupe, et nous l'avons bien méritée. Où est-il, ce champagne ? Ah les s..., ils ont tout but !

Quant à l'excellent Neumann il embrasse tout le monde, une bouteille de champagne à la main.

- Ce soir ce sera la fiesta. Ce n'est pas tous les jours qu'on gagne la Coupe !

Revenons tout de même aux joueurs...

Nous avons vu Bonnel, le visage tendu :

- Alors Joseph, pas content ?

- Oh, si, je suis très content puisque j'ai réussi à échapper à nos supporters.

Roger Magnusson, lui, est très heureux. Non pas de sa performance, mais de la victoire.

- Je ne suis pas en forme et très fatigué. Mais je pense avoir tenu mon rôle en fixant plusieurs adversaires et en permettant à mes amis Lopez et Bonnel d'être dangereux.

" Peu importe que je n'aie pas brillé individuellement. Nous avons gagné, et c'est ce qui compte. Chorda a été très bon.

Nous faisons le tour du vestiaire de plus en plus encombré. La Coupe, dont on a perdu le couvercle passe de bouche en bouche, emplie de champagne.

Diego Lopez nous montre ses épaules rouges des tapes reçues. Il nous précise :

- Je suis, sans aucun doute, le seul joueur professionnel invaincu en Coupe. Je la gagne pour ma première saison : c'est merveilleux !

Son inséparable Zwunka, moustaches rasées, nage dans une douce euphorie, le blaireau encore à la main.

- Je ne peux dire ce que je ressens. Ce doit être cela le bonheur. Enlever la Coupe n'est-il pas le plus extraordinaire pour un footballeur ? Je vous en dirai plus demain !

Nous n'avons pu tirer un mot de Jean-Louis Hodoul, muet d'émotion, ni du capitaine Djorkaeff, revenu le dernier, et très accaparé qui répétait :

- C'est formidable ! C'est formidable.

- o -

Novi nous expliquait comme il avait vu revenir vers lui, avec jubilation, la balle une nouvelle fois repoussée par Montes.

Plusieurs fois, j'avais été un peu court. Enfin, elle est revenue droit sur moi... et j'ai vu qu'elle prenait la direction du but. De la voir dedans, cela fait une drôle d'impression !

- o -

Gueniche assurait que la partie avait été très dure et personne ne le contredisait. Tassone hilare, allait de l'un à l'autre. Puis, nous allions nous asseoir à côté de Fiawoo.

- Alors Francky ?

- Je suis très heureux, mais un peu moins que mes camarades. Ils ont gagné la finale.

"Pas moi. Mais je n'ai rien à me reprocher, car j'ai toujours fait mon devoir".

- o -

Nous croyons bon de laisser à Jean-Pierre Destrumelle le mot de la fin, car ses quelques paroles traduisent, sans aucun doute, finalement le sentiment général.

- Je n'arrive pas à y croire. Je vis dans un rêve et, tenez, de me rappeler que je viens de gagner la finale, j'en ai la chair de poule !

L.D.

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JOSEPH 2 fois

  

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LES GIRONDINS : "Nous avons mal joué"

PARIS - Un à un, ils sont rentrés dans leur vestiaire, sans dire un mot. Un peu plus tard, à pas feutrés, Guy Calleja, leur capitaine, est venu les rejoindre, portant à la main la quinzaine de médailles, que M. Alain Poher, président de la République par intérim, venait de lui remettre. Le souvenir des battus.

Un avant de confier ses impressions aux quelques journalistes présents dans le vestiaire, l'entraîneur Bakrim marcha longtemps. De long en large, sans parvenir à dissimuler l'immense déception qu'il ressentait.

"Bordeaux a joué son plus mauvais match de la saison, dit-il. Je ne comprends pas. Vous avez vu l'ombre de l'équipe qui élimina Sedan en demi-finale.

"Il n'y avait pas de liaison, nous étions incapables de marquer le moindre but. Marseille me donnait cette impression aussi et j'attendais la prolongation lorsque... De toutes façons, nous ne pouvions pas gagner en jouant de cette façon".

L'entraîneur des Girondins de Bordeaux esquissa un sourire lorsque son collègue Mario Zatelli, vint le féliciter.

- Je te fais la bise, Bakrim. C'est dur de perdre, je le sais. Je suis désolé, mais que veux-tu, c'est la loi du sport.

Puis aux Girondins, en quittant les vestiaires, Mario Zatelli lança :

- Allez les gars, vous vous consolerez en remportant le championnat.

Mario Zatelli n'a pas précisé en quelle année, car cette saison, les chances de Bordeaux, qui a cinq points de retard sur Saint-Étienne, sont pratiquement nulles.

André Chorda pense qu'il est marqué par le destin.

"C'est ma troisième finale (l'arrière Bordelais en a joué deux avec Bordeaux et une avec Nice), c'est ma troisième défaite, soupire-t-il. Je ne m'explique pas comment nous avons pu être aussi faibles aujourd'hui. Marseille a par les coups de butoir de Joseph n'était pas pourtant bien dangereux."

Pour Jackie Simon qui a avait échoué avec Nantes devant Strasbourg en 1966, le malheur de Bordeaux c'est d'avoir dominé.

"Nous ne sommes pas habitués. Quand on domine, on est rarement bon. Nous préférons subir. Or Marseille nous a obligé à faire le jeu. D'un côté comme de l'autre, il n'y a pas eu beaucoup d'occasions de buts mais Marseille marque..."

C'est bien l'avis de Robert Péri.

"Pour remporter ce match, il aurait fallu que nous ayons beaucoup plus occasions de buts. Or ce ne fut pas le cas et Baudet a eu la malchance de détourner le tir de Novi sur le premier but réussi par Marseille..."

Un peu plus tard, Pierre Bernard vint consoler les Bordelais.

"J'ai le coeur gros. Je crois que Bordeaux, six fois finaliste, cinq voient battu, méritait un meilleur sort".

Joseph ne voulut pas.

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Autres photos

 

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Le Provencal

du 20 mai 1969

 

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(Photo : collection personnelle Christophe Geraud)

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