OM1899.com

Résumé Le Provencal

du 13 janvier 1969

 

89e minute : BONNEL triomphe

de HOFFMANN... et de la boue !

(De notre envoyé spécial : Louis DUPIC)

NICE (par téléphone) - Cela n'avait rien de commun avec le football tel qu'on le conçoit généralement ! La pluie fine, incessante, pénétrante, de la nuit précédente et de la matinée avait fait de la pelouse niçoise, non pas un lac, ni une patinoire, mais un abominable bourbier, n'épargnant aux quatre coins du terrain que de parcimonieux carrés verts, incapable de faire le bonheur des ailiers, parce que tout aussi incertains et détrempés que le reste du terrain !

Dans ces conditions peu communes, et extrêmement précaires, le jeu de football devenait un exercice inhumain tenant plutôt du combat de gladiateurs et du catch dans la boue. Les meilleures actions, à l'exemple de celles de Magnusson avortant, souvent, littéralement englués par la faute d'un ballon démesurément alourdi et collant au sol.

Dans ce contexte peu habituel, la tenue des Vauclusiens au cours d'une très bonne première mi-temps, menée tambour battant, fut tout à fait surprenante, le ton étant donné par les excellents techniciens Riefa et Rigaud, mais aussi par des costauds à la bonne frappe de balle telle que Latour, Teisseire ou Juliani.

L'O.M. menant de son côté des offensives extrêmement dangereuses et se créant bon nombre d'occasions, cela nous valut un véritable match de Coupe, auquel les contributions de jeu particulièrement éprouvantes donnèrent un côté dramatique.

Miraculeux Hoffmann !

Mais tout ceci n'était rien auprès d'une seconde partie hallucinante, les jeunes Avignonnais revenant du vestiaire avec les jambes lourdes et laissant, en dehors de quelques éclairs l'initiative à leurs adversaires marseillais.

Cette deuxième mi-temps ne fut qu'un long assaut mené par toute l'équipe de l'O.M. contre le but du très jeune Hoffmann, en état de grâce !

Maîtres du ballon et du terrain, les Marseillais, multipliant les tentatives, semblèrent longtemps avoir affaire à un gardien invincible, mais bien dans le jeu aérien que dans la boue de sa surface... Au fil des minutes, les réactions vauclusiennes devenaient spasmodiques. Les "demis" Latour et Grabowski étaient devenus des défenseurs supplémentaires, mais le tableau d'affichage était toujours vierge.

Le 21me corner !

Ce furent 22 blocs de boue qui abordèrent le dernier quart d'heure... On vit successivement Hodoul racheter une erreur de Zwunka, Riefa s'enliser dans la boue sur une action de Teisseire, Joseph s'élancer les deux mains en avance pour tenter de dévier un centre de Magnusson.

On crut à la prolongation quand Avignon obtient un corner à la 89e minute. Mais, sur la contre-attaque, l'on en gagna un autre, le vingt et unième du genre, qui allait voir Bonnel reprendre "de l'oreille gauche" la balle de Tokoto et tromper le malheureux Hoffmann englué sur sa ligne...

L'O.A. avait résisté si longtemps et si vaillamment que pour ses joueurs, la déception fut cruellement ressentie comme toujours en pareil cas... On ne peut pourtant tenir pour injuste la victoire marseillaise tant la domination de l'O.M. fut totale pendant près d'une heure de jeu.

Un excellent Tokoto

De avant la pause, après l'excellente demi-heure vauclusienne, il avait pris un avantage que Bonnel notamment, eut plusieurs occasions de concrétiser. En seconde mi-temps sa supériorité ne se démentit jamais, les attaquants avignonnais, contrairement à ce qui s'était produit en début de match n'arrivant plus à conserver la balle.

La puissance la meilleure condition athlétique des Lopez, Zwunka, Novi, faisaient leur oeuvre ! Magnusson, un peu surpris par la boue, prenait alors la mesure... de la pelouse et de ses opposants, et multipliait les dribbles dévastateurs.

Bonnel, Destrumelle et tous les autres acheminaient sans cesse la balle aux abords du but vauclusien. Certes Joseph arrivait difficilement à ce dépêtrer du bourbier... et de ses adversaires mais Jean-Pierre Tokoto réalisait d'excellents débuts officiels par ses dribbles, ses départs et ses tirs. Tout ce que nous pourrions noter à son registre, c'est d'avoir voulu trop en faire... et d'avoir parfois conduit ses exploits un peu trop loin.

Malgré le score étroit, nous ne saurions reprocher aux Marseillais que des velléités, tout le monde ayant accompli son devoir dans des conditions difficiles, du très sur Escale au prometteur Tokoto, en passant par Hodoul et Djorkaeff.

Et puis, l'important, en Coupe n'est-il pas surtout de se qualifier.

Avignon la tête haute

Selon l'expression consacrée, l'O.A. n'aura pas à rougir de sa défaite. Nous comprenons la déception des Avignonnais. Il est toujours très dur de voir de terribles efforts réduits à néant tout à fait pas in extremis !

Mais ils ont écrit hier après-midi, dans des conditions très difficiles, l'une des belles pages de l'histoire de la Coupe. Rigaud et surtout Riefa sur le plan technique, Latour par son étonnante présence, Teisseire et Juliani pour leur hargne et leur frappe de balle, méritent particulièrement de prendre place au tableau d'honneur auprès de l'étonnant Hoffmann, héros du match, sans que les Perles, Ruiz, Jean, Iche et Grabowski aient démérité le moins du monde !

Bravo Avignon !

----------------------

Suspense jusqu'à la dernière minute

Nice - Il pleuvait hier sur Nice sur le terrain très lourd, transformé rapidement en bourbier, l'O.M. s'est finalement qualifié fort justement à la toute dernière minute du match, alors que l'on attendait généralement les prolongations.

Mais en football il en est souvent ainsi. Il faut jouer jusqu'à la dernière seconde, surtout en Coupe de France.

Ces prolongations !... Les Avignonnais auraient pourtant mérité de jouer, car loin de fermer le jeu ils tentèrent crânement leur chance et se créèrent même quelques occasions qui eussent mérité peut-être un meilleur sort.

PREMIERE MI-TEMPS EGALE

A Marseille, Tokoto faisait ses débuts à l'aile gauche. À Avignon Ruiz remplaçait Tylinski blessé.

Et dès la 2me minute, Teisseire débordait Djorkaeff et centrait sur Rigaud. Bien placé, l'ailler gauche avignonnais n'arrivait cependant pas à tromper Escale.

Puis Magnusson obtenait deux corners successifs et réussissait un bon centre magnifiquement repris de volée par Tokoto, mais à côté (7me minute).

Un nouveau débordement de Magnusson et Bonnel avait cette fois le but au bout du pied, mais le ballon restait dans la boue... et les mains d'Hoffmann.

A la 18me minute, suite à une action Rigaud-Riefa, Rigaud centra impeccablement... pour personne.

Puis un centre tir de Latour trouvait Escale à la parade.

Lancé de loin (23me mn), Joseph passait en force entre Ruiz et Jean pour échouer de justesse.

Plus un bon tir des 25 mètres de Juliani obligeait Escale à concéder un corner. Sur ce dernier, Rigaud, de demi-volée et du bout du pied, lobait intelligemment la défense marseillaise (Escale y compris), mais le ballon retombait juste derrière la transversale (25e minute).

Les Avignonnais soutenaient ainsi la comparaison avec leurs réputés adversaires, et aux rushes de Magnusson, Joseph et Tokoto, ils répondaient par des actions vivement menées et arrêtées par Latour, Riefa et Grabowski (tous les trois excellents au milieu du terrain).

DOMINATION MARSEILLAISE

En seconde mi-temps, sur un terrain rendu de plus en plus lourd, les Marseillais plus athlétiques, prenaient délibérément initiative des opérations et précisaient ainsi leur domination.

Magnusson, sur son aile droite, multipliait les dribbles et les occasions pour ses partenaires !

46me mn : un tir de Destrumelle ; 50me mn : tir de Novi, bien arrêté par Hoffman ; 51me minute : la boue retardant une action menée par Joseph, Bonnel et Magnusson.

Courageusement, la défense d'Avignon faisait front, alors que Juliani et Teisseire, seuls en pointe n'hésitaient pas à tenter leur chance.

À la 56me mn, sur coup franc tiré par Teisseire, Juliani, de la tête, était bien près de surprendre Escale, mais ce dernier arrivé quand même a contrôle le ballon. Puis Tokoto et Joseph échouaient sur Grabowski (58me), et un nouveau centre de Magnusson (59me) provoquait une situation dangereuse devant le but avignonnais. Hoffman se blessait d'ailleurs dans cette action, mais cela ne l'empêchait pas de poursuivre son un match exemplaire et d'aller récupérer la balle dans les pieds de Joseph et de Bonnel (63me)

Puis, un peu plus tard, de repousser en corner un tir très appuyer de Magnusson (56me) avant d'aller chercher dans la lucarne une très belle tête du Suédois.

Les Marseillais accentuaient encore la pression, mais ni Magnusson, ni Bonnel, Joseph n'arrivaient à faire mouche.

Et las de dominer sans trouver la faille, les joueurs au maillot blanc desserraient quelque peu l'étreinte histoire de souffler peut-être avant d'engager les prolongations.

C'est alors que, sur contre-attaque de Rigaud, il fallait une interception désespérée d'Hodoul pour empêcher Juliani de se trouver en position de tir, face à Escale, à la 82e minute.

BUT DE BONNEL

A LA 89me MINUTE

Enfin, à la toute dernière minute, et, après une longue course de Joseph, balle au pied, marseillais obtenait un dernier corner. Tokoto le tirait et Bonnel de la tête trompait enfin Hoffman.

L'O.M. était qualifié, mais Avignon s'était bien battu.

Désir CARRE

----------------------

Jules Zwunka :

"Nous irons loin cette saison !"

Nice - Nous avons trouvé une tasse de thé ou une bouteille minérale à la main, onze paquets de boue dans le vestiaire de l'O.M. Des hommes qui venaient de tant souffrir qu'ils ne s'étaient pas encore décidés.

"No possible ! ", s'écriait Roger Magnusson, en montrant ses chaussures et indiquant d'un geste de ses doigts réunis que la boue arrivait... là. "Impossible de jouer dans les zones ou je vous trouvais...", déplorait Joseph. C'est en effet dans l'axe du terrain qu'il y a le plus de boue.

"Marquer à la 90e minute, nous irons loin cette saison !", triomphait Jules Zwunka, l'un des plus souriants parmi les vainqueurs.

Bien entendu, nous avons demandé à Jean-Pierre Tokoto s'il était content de ses débuts.

- Oui je suis très content !

- Content de vous, ou content d'avoir gagné ?

- Oh ! Surtout content que nous ayons au cours du temps réglementaire, car je ne me voyais pas très bien jouer les prolongations dans les conditions de jeu de cet après-midi.

Mario Zatelli, de son côté, nous donnait le point de vue officiel :

"Avignon a joué une très bonne première mi-temps et nous a posé, pendant cette période, un problème difficile à résoudre. Mais nous avons pris progressivement le dessus et au moins sur la seconde mi-temps, je pense que notre victoire est tout à fait indiscutable !"

Quant à Jean-Paul Escale, il est normal qu'il nous donne son opinion sur son vis-à-vis, Hoffmann, héros de l'après-midi.

"Il a fait un très grand match ! Dire que certains prétendaient qu'il n'avait pas fait beaucoup de progrès depuis les cadets du Sud-Est... Il n'a commis aucune faute, et à réaliser des miracles !"

Précisons que le président Leclerc et Mario Zatelli étaient allé, dès le retour au vestiaire, féliciter de leur belle tenue leurs malheureux adversaires.

----------------------

M. KITABDJIAN :

"Dans le meilleur esprit"

L'arbitre de la rencontre M. Kitabdjian, auquel nous demandions si elle avait été compte tenu des circonstances difficiles à diriger, a répondu par la négative.

- Ce fut un bon match, certainement fort intéressant pour le public. C'est tout à l'honneur des deux équipes qui opérèrent pourtant dans des conditions très difficiles.

"Ce que je tiens à souligner aussi, c'est l'excellent état d'esprit qui animait les joueurs... Ils ont défendu vaillamment mais loyalement leur chance.

 

 

 

 

 

Toute reproduction intégrale ou partielle des textes ou photos est strictement interdite.